Chroniques

14 mai 2014
Par Elizabeth Landry

Quand la fiction frise la réalité

YUL-BCN (24 h) DH CDG

(Montréal – Barcelone – Deadhead Paris) 

Qui aurait cru que ce que j’écrirais dans mon livre (L’hôtesse de l’air tome 2) se transformerait en réalité (en partie seulement…) Survol de ma dernière escale.

Dog pilot« Allo les gars, c’est moi qui prendrai soin de vous ce soir ».

Le commandant se retourne pour me saluer. Première impression : cute, air sympathique ? À confirmer.

L’autre m’ignore. Déduction : timide ? ou juste indifférent ? Probablement un pilote intello et gêné qui restera caché dans son cockpit pendant toute la traversée. À confirmer.

« Ah c’est toi la chanceuse! », blogue le commandant.

«Euh… pas que je voulais, j’ai pas eu le choix… »

Ai-je vraiment dit ça ? C’est la vérité. J’étais la plus junior dans l’équipage donc j’ai obtenu la dernière position, celle dont j’ai horreur. Pas que je déteste les pilotes mais je n’aime pas être postée en avant lors d’un vol de nuit. En fait, cette position implique de travailler en Première. Et qui dit « Première » dit moins de passagers. Ce qui signifie: moins de boulot, plus vite assise, plus vite je me tourne les pouces et plus vite je gèle mes entrailles parce qu’il fait un froid de canard dans la galley avant.

À l’inverse, mes collègues jaseront à l’arrière et parcourront l’allée pour servir l’avion de long en large. En bougeant, ils ne se laisseront pas gagner par la fatigue autant que moi qui regardera mes protégés ronfler depuis trop longtemps. Pour me sortir de l’embarras, je reformule.

« Ce que je voulais dire c’est que sur un vol de nuit, j’ai toujours froid et c’est trop tranquille. »

« Bon, on te demandera des cafés aux minutes alors ! », ajoute le commandant pendant que son voisin reste de marbre à regarder ses instruments.

« Ouin, pensai-je, je vais avoir du gros fun à soir… »

Bienvenidos a Barcelona

Bus Barcelone Nous prenons place dans le bus qui nous amènera à notre hôtel.

« Qui est-ce qu’on attend ? », lance une agente de bord.

« Les pilotes», précise le directeur de vol.

Pendant que nous patientons dans le bus stationné sur le tarmac, je me dis que peu importe l’attente notre hôtel est tellement près d’ici que ça ne changera pas grand-chose. Je revois cette scène dans le tome 2, où Scarlett finit par jeûner un dimanche car, par réduction budgétaire, les équipages ont changé d’hôtel pour dormir à proximité des aéroports. « En Espagne, le dimanche est un jour consacré au repos. Pour un agent de bord qui séjourne désormais hors du centre-ville, loin des commodités, le jour du Seigneur signifie plutôt la descente aux enfers » dit-elle à la page 274.

« Quel jour on est ? » demandai-je affolée.

« Dimanche ! » me lancent mes collègues à l’unisson.

Ah ! Je comprends maintenant pourquoi j’ai obtenu ce vol. Moi qui me trouvais très sénior d’avoir eu un Barcelone direct et de ne faire qu’une mise en place sur Paris le lendemain.

« Je vais vous accompagner en taxi jusqu’au centre-ville », dis-je aussitôt en sachant que l’équipage planifie une sortie en ville.

Pendant que j’essaie mentalement de planifier ma soirée, les pilotes entrent dans le bus et s’asseyent sur un banc près du mien. Le silencieux reste silencieux. D’ailleurs, il n’est sorti qu’une seule fois pour utiliser les toilettes sans même me dire un mot. Conclusion : très discret et ennuyant. Tout le contraire du commandant.

« Désolé de vous avoir fait attendre ! Le gars au sol n’arrivait pas à connecter le BLA BLA BLA et BLA BLA BLA !» explique-t-il avec un débit rapide et un volume élevé pour être certain qu’on l’entende tous. Impression : il est 7 heures du matin (heure de Montréal). Je n’ai pas dormi. J’ai les yeux rouges de fatigue et mes oreilles sont agressées par ton explication expressive.

Il poursuit en amplifiant la situation.

« C’est pas difficile de connecter un BLA BLA BLA et BLA BLA BLA ! C’est toujours comme ça en Espagne BLA BLA BLA! L’autre jour à destination X j’ai dit BLA BLA BLA! »

Impression : il était juste cute. Conclusion : Il m’énerve !

Barcelone

Vue de ma chambre à Barcelone

Vue de ma chambre à Barcelone

En voyant la vue depuis ma chambre, je suis encore plus convaincue que je prendrai le taxi avec l’équipage vers le centre-ville. J’ai hâte ! Depuis le changement d’hôtel, je n’y suis pas retournée depuis presque un an et demi. Les filles planifient d’aller manger du poulet péruvien. « Beurk !, pensai-je, aucune chance que j’aille manger du poulet en Espagne ».

Je décide de faire cavalière seule et d’aller m’asseoir sur un merveilleux tabouret de la Cerveceria Catalana, un resto connu des touristes, mais qui reste très apprécié des locaux qui y font un arrêt obligé plusieurs fois par semaine. J’engloutis mes tapas préférées, je bois trois verres de Rioja et une fois les pommettes rosées, je saute dans un taxi vers les Fontaines de Montjuïc.

Cerveceria Catalana, BArcelone   IMG_3068

Le conducteur, un Pakistanais qui parle un parfait espagnol m’explique que c’est par hasard s’il vit maintenant en Espagne. « C’est ce pays qui a été pigé lorsque j’ai appliqué pour l’immigration. », précise-t-il. Un beau pays d’accueil, mais où le taux de chômage est extrêmement haut. « Vous êtes chanceux, lui dis-je, vous avez un emploi. » Il approuve avant de me déposer près d’un trottoir, Plaça Espanya.

Fontaines de Montjuic, BarceloneFontaine de Montjuic

J’admire pendant une heure le spectacle de sons et lumières qui se déroule sur la place. Les fontaines bougent et changent de couleurs au rythme de mélodies variant entre un Queen ou un classique de Mozart.

Il y a une dizaine d’années, j’étais venue ici. C’était ma première fois en Espagne. J’étais venue en immersion pour apprendre la langue du pays. Les souvenirs sont revenus l’instant d’une valse et j’ai à nouveau sauté dans un taxi.

Le conducteur, un catalan pur et dur me fait la conversation.

« Vous venez d’où ? »

« Du Canada. »

Je remarque le doute dans ses yeux. Je précise comme à chaque fois.

« Le Québec. C’est pour ça l’accent français.»

« Por Supuesto ! Et le référendum ? »

espagneCatalogneDiada11092012PhotoEmilioMorenattiAP516Monsieur le conducteur de taxi connaît bien la situation politique au Québec. Animé par le sujet, il s’empresse de me parler de sa Catalogne natale.

« Nous voulons l’indépendance ! L’an passé nous avons marché à travers toute la Catalogne pour faire pression sur les dirigeants politiques afin de nous donner la possibilité de voter librement pour notre indépendance. Ils n’ont pas voulu. »

« Hum… si c’est la volonté du peuple catalan, vous devriez pouvoir le faire. L’Espagne est un pays libre non ?»

Et voilà, Monsieur le conducteur s’enflamme avec son discours jusqu’à se perdre dans les ruelles vides du quartier sans vie où je séjourne.  Je regagnerai mes quartiers sans anicroche avec un joli souvenir d’un homme ayant la Catalogne tatouée sur le coeur.

Deadhead Paris

Le lendemain, c’est à Paris que je m’envole. Pourquoi l’écrire quand c’est écrit dans mon livre?

La scène où Scarlett pousse son sac à main comme une vieille serviette dans son bagage, c’est moi! Comme si j’avais su prédire l’avenir! HA HA HA (Chapitre 25 )

L’hôtesse de l’air – Tome 2 – L’atterrissage de Scarlett Lambert est disponible dès aujourd’hui dans tous les grands magasins du Québec!

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lisa gibarita
Invité
lisa gibarita
3 années 8 jours plus tôt

je vais tenter de l’acheter aujourd’hui ! C’est la sortie officielle ! je vais voir en-bas à la COOP universitaire…. doutes qu’ils aient le livre entre les bouquins d’intello !!!! Date: Wed, 14 May 2014 07:01:43 +0000 To: gibarita@live.fr

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