Chroniques

7 mars 2011
Par Elizabeth Landry

Pédant un jour, mais pas pour toujours

Sur terre, il y a toutes sortes de monde pour faire un monde. Dans les airs, il y a toutes sortes de passagers pour remplir un avion. Souvent, et ce malgré vous, vous serez voués à côtoyer votre antonyme. Les gentils côtoieront ainsi les méchants et les généreux partageront leurs biens avec les égoïstes. Les impatients attendront en ligne derrière des plus patients et les simplistes s’assiéront aux côtés de quelques pédants.

Les pédants? Je parle ici de ces gens vaniteux, imbus d’eux-mêmes qui se croient tout permis dans la vie. En général, ils sentent l’arrogance à plein nez. Ils sont humains tout comme vous, mais selon EUX, ils sont plus que cela. Ils proviennent d’une dynastie supérieure et personne ne leur arrive à la cheville. Ils se croient le centre de l’univers et lorsque vous leur adressez la parole, ils vous jettent un air de supériorité à toute épreuve. Bref, selon eux, le monde est à leur merci.

Rassurez-vous, car une fois assis dans l’avion, toute cette attitude royale s’envolera une fois le vol bien entamé. Ces pédants, que nous surnommerons aujourd’hui Monsieur ou Madame P, redeviendront de simples humains comme tous et chacun, et ce, à leur insu.

Me chargerai-je de les remettre à l’ordre? Jamais. Je laisserai plutôt la nature s’en charger…

Qui sont Monsieur P et Madame P?

Voilà que l’embarquement est lancé. Monsieur P entre. Comment pourrais-je être certaine que c’est bien lui qui se trouve devant moi?

Évidemment, s’il m’avait dit : « Bonjour, je m’appelle Monsieur P », j’aurais su immédiatement que j’avais affaire à lui. Par contre, avouez que si Monsieur P s’était vraiment présenté ainsi, il aurait été un imposteur, car Monsieur P ne dit jamais bonjour.

En revanche, voilà ce que Monsieur P me répond lorsque je lui demande sa carte d’embarquement en entrant dans l’avion : « Mon siège est 8 A. Je sais où aller ! ».

En résumé : « Je connais la configuration de cet avion. Je voyage tous les jours. Ce n’est surtout pas vous qui me direz où aller m’asseoir. Je refuse de vous montrer ma carte ! ». Sans aucun doute, j’ai affaire à Monsieur P.

Après insistance, il me montre ce que je demande, soupire, lève les yeux, murmure un commentaire imperceptible mais suffisamment notable pour me faire sentir stupide, et part s’asseoir à son siège royal.

Nous décollons. L’avion monte en altitude… 10 000 pieds, 20 000 pieds, 30 000 pieds, 40 000 pieds. Nous atteignons notre altitude de croisière. La cabine est maintenant pressurisée à 8000 pieds         (2 440 mètres). L’atmosphère à l’intérieur de l’avion est maintenant la même que celle que l’on retrouve au sommet d’une petite montagne. Du haut du mont Sinaï en Égypte, Monsieur P respire un air ayant une plus faible teneur en oxygène qu’au sol. Le sang circulant dans ses veines est maintenant un peu moins oxygéné qu’il en a l’habitude. Pourtant, il n’en ressent toujours pas les effets immédiats et il demande toujours un traitement royal.

Voilà que Monsieur P refuse de remonter son siège pour accommoder le passager derrière lui durant le repas. Lorsque je lui sers son verre d’eau, il ne tend pas la main vers moi pour le ramasser. Il se contente plutôt de fixer le verre de ses yeux perçants et de diriger son regard vers la tablette. Ma main n’a d’autres choix que de suivre le mouvement de ses yeux vers la table et de déposer le verre où il le désire. Si j’attendais qu’il le prenne, cela prendrait une éternité alors je préfère laisser mon orgueil de côté et jouer l’esclave. Monsieur P joue du coude avec son voisin. L’accoudoir qu’il devrait partager avec lui est le sien. Pas de partage !

Et que dire de Madame P?

Elle est une chanteuse assez connue et voyage vers Paris en classe économique. Elle demande une bouteille de vin à l’agent de bord.

Hôtesse de l’air : « Ce sera six dollars, s’il vous plaît. »

Madame P : « Pour vrai? »

L’hôtesse de l’air un peu confuse répond : «  Hum…oui c’est six dollars… »

Madame P : « Ben, vous ne savez pas qui je suis ? »

Hôtesse de l’air : « Ouf, désolée ! Êtes-vous une amie d’une de mes collègues? La copine? La femme du président de la compagnie? »

Madame P : «  NON ! Je suis X ! »

Hôtesse de l’air : « Qui? »

Madame P : « X, la chanteuse ! »

Hôtesse de l’air : « Non, désolée, je ne connais pas X et c’est six dollars ! »

Madame P paya la note insultée. (Quelle artiste québécoise aurait bien pu agir de la sorte?)

 

La transformation de Monsieur P

Le vol maintenant bien entamé, notre passager chéri devient alors moins exigeant. L’énergie dépensée à jouer son précieux personnage semble s’esquiver. Les effets de l’altitude se font maintenant ressentir. Le corps de notre bon vieux gaillard ne demande que du répit. Il laisse tranquillement toute cette supériorité de côté pour faire place à sa vraie nature humaine.

Ses paupières deviennent lourdes et il s’assoupit. Sa tête s’affaisse d’un côté ou de l’autre du siège. Petit à petit, il s’endort. Les bruits ne le dérangent plus. Sa bouche s’entrouvre millimètre par millimètre. Son maxillaire inférieur s’alourdit et son menton vient toucher sa poitrine. Sa langue, bien à découvert, s’assèche. Ses glandes salivaires déclarent soudainement l’urgence et se mettent à sécréter un amas de bave aqueuse. La salive s’accumule dans sa cavité buccale. Plus les minutes passent, plus la tête de Monsieur P est attirée vers le côté. Et BOOM ! Elle tombe directement sur l’épaule de son voisin qui reste soudainement bouche bée et immobile.

L’amas de substance gluante qui s’accumulait dans la bouche de MonsieurP se déverse maintenant goutte à goutte sur les vêtements du voisin…

Qu’êtes-vous devenu Monsieur P ? Auriez-vous oublié votre statut ? Comment un homme de votre rang peut-il s’endormir d’une telle manière ?

Oh, je sais ! Vous êtes humain, voilà tout !

 

 

 

Partagez!
< Nouvelles chroniquesAnciennes chroniques >

Poster un Commentaire

avatar
dominique landry
Invité

J’adore ! Encore!

neliya
Invité
neliya

tout simplement magnifique, que ce soit cet article ou les autres, vous avez clairement un don pour écrire et pour transporter vos lecteurs. Il est 00H34 à Santiago du Chili, et je m’éclate comme une folle en lisant vos anecdotes.
Merci!

Francis B
Invité
Francis B

L’artiste québécoise c’est qui? C’est qui???

😉

Lény Thomas
Invité
Lény Thomas

Beaucoup d’humour !!! j’adore 🙂

Marie-Claire Poirier
Invité
Marie-Claire Poirier

J’adore vraiment tout t’es article , tu as une façon de raconter les aventures avec humour et c’est très accrocheur . Je n’est jamais pris l’avion ni voyager mais si je le fais un jour je vais avoir le plus grand des respect pour les hotesses! bref j’adore continu!
Et Je suis aussi de québec

John Kafé
Invité

Je bosse en piste à CDG pour une GRAAANNNDDDEE compagnie aérienne et je côtoie tous les jours les PNC ( qui se dépêchent de nous poser leurs valises et oublient le “bonjour” parfois !) .
Néanmoins ce blog et ces anecdotes sont en train de me réconcilier avec vous : fraicheur, humour, informations intéressantes tout cela mis en page et en forme d’une manière aérée…….j’aime bien, super !

wpDiscuz