Chroniques

10 mai 2011
Par Elizabeth Landry

Les passagers qui criaient au loup

Vous connaissez cette fable du petit garçon qui s’amusait à crier au loup afin d’attirer l’attention des villageois et qui à force de répéter ces fausses alertes ne fut pas secouru lorsque le loup arriva vraiment au village? Cette histoire n’est peut-être bien qu’une histoire, mais elle soulève tout de même un point: lorsque le danger est inexistant, n’en exagérez pas l’importance, car vous risquez de ne pas être écouté le jour où vous serez en véritable danger…

Bien que vous connaissiez déjà ce conte pour enfants et que vous soyez convaincu d’avoir compris la morale derrière la fable, j’ai tout de même envie de vous la raconter une autre fois…

L’histoire des passagers qui criaient au loup dans l’avion.

Il était une fois des passagers qui s’aventurèrent dans un avion. D’un air fébrile, ils avançaient tranquillement dans l’allée. Plusieurs d’entre eux étaient déjà monté à bord de l’un de ces engins volants auparavant mais ils semblaient l’avoir oublié. Les hôtesses de l’air voyant les passagers désorientés les aidèrent patiemment à s’asseoir et à ranger leurs énormes bagages.

Une fois bien assis dans leurs sièges, hommes, femmes et enfants débordaient d’énergie. Les yeux tous ronds, ils regardaient les autres passagers s’installer. L’embarquement semblait durer une éternité. Un vrai supplice! Que pouvaient-ils faire pour passer le temps?

C’est alors qu’ils se mirent à toucher à tout. De la pochette du siège avant aux magazines à l’intérieur, à la carte de sécurité, au sac à vomissure jusqu’à la gomme à mâcher enrobée dans un bout de vieux papier journal. Soudain, de par toute cette agitation, l’un d’entre eux accrocha par mégarde le bouton d’appel situé sur l’accoudoir du siège.

À cet instant, une sonnerie se fit entendre à travers l’avion. Les hôtesses de l’air qui étaient affairées à aider d’autres passagers firent une pause afin de voir de quel siège provenait l’appel. L’indicateur afficha 12 E.

Sensible au bien-être de ses hôtes, l’une d’entre elles accourra rapidement vers le passager qui avait demandé de l’aide.

Hôtesse de l’air: «Tout va bien ici?»

Passager à 12 E: «Hum…oui.»

Hôtesse de l’air: «Ah! D’accord, c’est que vous avez réclamé notre aide en appuyant sur le bouton d’appel sur votre accoudoir…»

Passager à 12 E: «Non, non, ce n’est pas moi. Je n’ai rien touché

Hôtesse de l’air: «Pas de problème alors. Fausse alerte. Désolé

Et elle annula l’appel crée par le bouton du siège 12 E qui s’était allumé miraculeusement avec l’aide du Saint-Esprit.

Quelques minutes plus tard, une autre sonnerie résonna dans l’avion. Et puis, une autre. Et une autre. DING-DONG par-ci et DING-DONG par-là, voilà que cinq passagers venaient de réclamer de l’attention en dix secondes.  Les hôtesses de l’air affairées à aider d’autres passagers partirent à la rescousse. L’une d’elles se dirigea vers le milieu de l’avion là où la plupart des lumières s’étaient allumées.

Hôtesse de l’air: «Tout va bien? Vous aviez besoin de quelque chose?»

Le passager regarda l’agent de bord d’un air stupéfait. Tout allait bien. Qu’avait-il fait pour mériter cette douce attention? C’est alors qu’il saisit l’occasion.

Passager: «Je prendrais un verre d’eau.»

Fausse alerte alors! L’hôtesse de l’air prise au dépourvu par la demande n’eut d’autre choix que d’acquiescer. Elle éteignit la lumière du bouton d’appel qui avait été encore une fois enclenché par mégarde et partit chercher le précieux verre d’eau.

L’avion décolla. Une fois bien en vol, une autre sonnerie retentit. Cette fois-ci sans dérougir. DING-DONG! DING-DONG! DING-DONG! DING-DONG! Que se passe-t-il? «UNE URGENCE!», pensa l’équipage. Un passager ferait-il un arrêt cardiaque? Une femme serait-elle prise de panique? Vite, vite, à la rescousse!

L’une des agents de bord avança rapidement vers la lumière allumée qui ne cessait de clignoter. DING-DONG! DING-DONG! DING-DONG! Qu’allait-elle découvrir? Un homme inconscient accompagné de sa femme en pleurs et qui dans l’espoir de sauver son mari était en train d’appuyer sur le bouton d’appel à la vitesse de l’éclair?

    

L’hôtesse de l’air le coeur battant se voyait déjà demander l’aide d’un médecin à l’interphone. Plus elle avançait vers le siège en question plus elle entendait le DING-DONG retentir de plus belle.

C’est alors qu’elle arriva enfin à destination. Curieusement, aucun homme n’avait perdu connaissance. Personne ne vomissait sur le plancher. Aucune femme n’était prise de panique non plus. Qui pouvait bien appeler à l’aide alors?

C’est alors que l’hôtesse de l’air remarqua un petit enfant au sol. Il devait avoir quatre ou cinq ans. Il avait les deux mains pendues sur l’accoudoir du siège de ses parents qui le regardaient émerveillés. Le petit homme n’avait probablement jamais vu un accoudoir de sa vie. C’était tout nouveau pour lui. Et que dire de tous ses boutons émettant des bruits lorsqu’on les touche! Rien de plus divertissant pour un enfant! Mais fausse alerte pour la millième fois!

Croyez-vous que l’hôtesse de l’air accourra rapidement la prochaine fois que la sonnerie retentira?

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Yves Destination-Terre
Invité
6 années 1 mois plus tôt

Probablement pas! Mais le propre de l’homme n’a-t-il pas toujours été d’être attiré par toutes sortes (sans mauvais jeu de mot) de pitons? Ça ressemble aussi à de l’auto-suggestion. Comme lorsque l’on dépose une lettre sur la table avec écrit en gros dessus: NE PAS LIRE. Assurément, la lettre sera lue par le plus grand nombre de personnes possible. Je n’ose même pas imaginer ce qu’il adviendrait si les visites de cockpit étaient encore autorisées…

Bref, bon retour à toi Elizabeth et à bientôt!

Elyes
Invité
6 années 1 mois plus tôt

@Yves, elles ne le sont plus, mais il y a encore de nombreuses compagnies qui acceptent de faire visiter.

Yves Destination-Terre
Invité
6 années 1 mois plus tôt

Salut Elyes. Oui je sais. C’est dommage je trouve. Pour certains, et c’est idiot à dire, ça représentait parfois le rêve d’une vie! Bref, j’ai eu la chance plus jeune d’en visiter plusieurs, de même que durant mes temps libre, il m’arrive de faire un peu de voltige aérienne comme co-pilote. C’est juste que visiter le cockpit d’un gros avion est toujours agréable et impressionant.

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