Chroniques

30 janvier 2011
Par Elizabeth Landry

Les miraculés de l’aviation

Cette semaine, j’ai traversé l’hémisphère nord dans toutes les directions: du Panama à l’Ouest canadien en passant par la République Dominicaine. En trois jours, j’ai eu la chance de boire un mojito dans le casco viejo à Panama City et d’en boire un autre à Punta Cana. Il n’y a rien à dire là-dessus, ça arrive, c’est mon travail.

Cependant, ce voyage m’a permis de m’épanouir spirituellement. Croyez-le ou non, j’ai été témoin d’un MIRACLE lors de mon dernier vol. Je vous le dis, il y a des phénomènes que la science ne pourra jamais expliquer…

Tout commença lors de l’embarquement. Nous étions à Edmonton et nous nous préparions à nous diriger vers le soleil chaud de la République Dominicaine. Il était six heures du matin. Comme toujours, nous avions invité les passagers à mobilité réduite à embarquer les premiers.

Cette procédure est largement employée par toutes les compagnies aériennes et est d’ailleurs très appréciée, car elle assure un embarquement prioritaire aux personnes ayant besoin d’assistance. Comme ces dernières entrent avant les autres, les agents de bord ont le temps de les aider, les bagages sont vite rangés et les autres passagers peuvent ensuite circuler plus rapidement dans les allées.

J’entends l’une de mes collègues m’appeler. Elle a besoin d’aide car à la barrière s’alignent six fauteuils roulants. Je m’avance vers la porte. Je suis prête à accueillir ces hommes et dames qui peuvent à peine marcher. Mes biceps se gonflent à bloc. Je devrai faire preuve d’endurance. D’un bras j’attrape la main de la première dame et de l’autre, je soulève ses grosses valises. Nous avançons main dans la main vers le siège qui lui est assigné. De peine et de misère, elle marche derrière moi. Sa fille suit les mains vides. Jusqu’ici aucun MIRACLE.

Toutes ensemble, à pas de tortue, nous parcourons l’allée. J’ai l’impression qu’à tout moment, je devrai bondir pour empêcher cette dame de tomber. Ses souliers traînent au sol. J’entends le frottement de ses semelles chauffer le tapis. Je jurerais même qu’elle porte de grosses pantoufles en phentex.

Son poids pèse dans ma main. Mes muscles commencent à surchauffer. Je lui demande encore une fois son numéro de siège. Elle ne semble pas m’entendre. J’ai soudainement un éclair de génie: 17A! Je me concentre et fixe mon but. Nous nous rapprochons de plus en plus de ladite rangée. OUF! Nous y parvenons enfin!

Je dépose ses grosses valises au sol. «Je les rangerai une fois que ces deux passagères seront assises», me dis-je. Je regarde ma pauvre dame s’installer à son siège. Elle semble être sur le bord de s’évanouir. Je reste aux aguets. D’une main elle s’appuie sur le dossier voisin et de l’autre sur le dossier d’en avant. Sa fille reste derrière elle, ébahie. Jusqu’ici aucun MIRACLE.

Une fois mes deux passagères assises confortablement, je ramasse les grosses valises une à une. Je les range en haut, en bas, partout. Mis à part cette sueur qui s’échappe d’en dessous de mon soutien-gorge (et qui enlève par la même occasion ma fraîcheur d’avant vol), je termine ma tâche sans embûches.

Avant de leur souhaiter un bon vol,  je précise à ma chère dame qu’un fauteuil roulant l’attendra à son arrivée à Punta Cana et qu’elle devra ainsi attendre que tous les autres passagers descendent. Je viendrai la chercher au moment opportun.

Elle acquiesce.

Je retourne à l’avant afin de voir si quelqu’un d’autre a besoin de moi. L’embarquement général a été lancé. Tous les passagers à mobilité réduite ont été aidés par mes collègues. Un vent d’antifraîcheur parcourt l’avion. C’est parti, nous décollons!

Le vol se passe bien mais toujours aucun MIRACLE à l’horizon…

Nous atterrissons tout en douceur sur la piste.

Hôtesse de l’air: «Mesdames et Messieurs, bienvenue à Punta Cana! Il est 16 h 10 et la température extérieure est de 28ºC. Tous les passagers nécessitant de l’assistance sont priés de demeurer assis jusqu’à ce que les autres passagers soient descendus. Nous vous assisterons ensuite avec plaisir (…)».

ET LE MIRACLE SURVINT!

Les passagers sans assistance ayant maintenant tous descendu, les agents au sol apportèrent en bas de l’escalier les six fauteuils roulants destinés à nos passagers à mobilité réduite.

Je me rendis alors dans la cabine afin d’aviser ma dame et les autres qu’ils pouvaient maintenant débarquer à leur tour.

À mon grand étonnement, nulle âme ne fit surface. Je me rendis alors au siège 17A. Ma chère dame serait-elle tombée sous les sièges? Toujours aucun signe de vie, pas même une fourmi.

Mais où sont passés mes passagers qui s’apprêtaient à tomber à tout moment?

DISPARUS? OUI, ET MIRACULÉS PAR LA CHALEUR DU SUD!


 

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Francis B
Invité
Francis B
6 années 3 mois plus tôt

Très intéressants tes textes.

Ça me rappel mes années dans les avions.

Combien de fois j’ai jugé le service que me donnait l’agent de bord c’est penser à sa réalité!

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