Chroniques

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13 novembre 2015
Par Elizabeth Landry

Les grands brûlés de l'aviation

Êtes-vous plutôt TYPE GRAND BRÛLÉ ou CREVETTE TIGRÉE? Vous croyez sûrement que ce bronzage noir que vous arborez fièrement vous rend plus beau et plus sain? Vous pensez qu’à votre arrivée dans le froid hivernal, tout le monde se retournera sur votre passage pour admirer cette peau parfaitement dorée? Détrompez-vous! Vous serez plutôt classé dans l’une de ces six catégories.

TYPE A: MONSIEUR PÂTE À DENT COLGATE MAX WHITE

Vous êtes le chanceux qui ne bronze pas. Celui qui n’aura jamais les pommettes rouges. Vous êtes blanc en tout temps. Vous revenez de vacances et l’on vous demande si vous partez bientôt en vacances. Cependant, vous entrez dans l’avion avec fière allure. Vous êtes heureux et serein. La mer et le sable représentent pour vous le repos. Vous vouliez dormir et décrocher de la réalité et c’est ce que vous avez fait. À votre arrivée à Cuba, vous avez appliqué une protection solaire adéquate. Vous connaissez votre corps et vous le respectez. Vous en avez rien à faire des commentaires tels que: «Ouin, tu n’as pas bronzé ben ben!», ou «Ouin, il n’a pas fait soleil!».

Oui, vous étiez blanc et vous serez toujours blanc. Par contre, pour vous, cela n’a aucune importance, car vous êtes maintenant détendu et retournerez au travail vitalisé et moins ridé…

TYPE B: LA CREVETTE TIGRÉE

Vous êtes la version modifiée du TYPE A. Vous êtes blanc comme neige et vous ne pourrez jamais brunir. Pourtant, il semble que vous ne le sachiez toujours pas. Peut-être espérez-vous changer votre corps au fil du temps? Vous vous dites sûrement qu’en exposant votre peau continuellement au soleil, elle produira encore plus de mélanine et qu’un jour vous aurez la chance de revenir de vacances tout bronzé?

Convaincu d’un tel miracle, la crème solaire est pour vous un outil facultatif. Vous l’appliquez maladroitement, car vous croyez encore que le mot «coup de soleil» n’existe pas. Vous en mettez donc légèrement sur les épaules, le ventre et le front. Vous oubliez d’en appliquer sur les jambes, le dos, les bras, le cou, le nez.

Vous allez ensuite à la mer ou à la plage. À midi, vous êtes encore là à vous faire chauffer la couenne sous le soleil brûlant. Le soir venu, vous êtes brûlé et bien rosé. Vous tenant bien droit devant votre miroir de chambre, vous remarquez soudainement trois intactes parcelles blanches sur vos épaules, ventre et front.

Voilà, c’est fait! Vous êtes une vraie crevette tigrée.

TYPE C: LE HOMARD

D’un grade plus haut, cette troisième catégorie s’apparente à la CREVETTE TIGRÉE. Vous remarquerez par contre que le homard est bien plus imposant que la pauvre petite crevette. Ici, nous avons droit à un véritable coup de soleil. Aucune partie du corps n’a été épargnée. Vous étiez blanc à votre arrivée et vous en avez fait à votre tête. Vous avez donc appliqué dès la première journée une protection solaire avec FPS15 ou pire, de l’huile de noix de coco sans FPS. Résultat: rouge comme un homard. Et la semaine vient de commencer!

TYPE D: LE GRAND BRÛLÉ alias le MASOCHISTE

Vous êtes celui qui s’est découvert une vraie passion pour la douleur. Dès votre première journée de vacances, vous vous êtes converti en HOMARD. La seconde journée, de peur de brûler davantage, vous vous êtes abrité à l’ombre. La troisième journée, ayant déjà oublié les coups de fouet du soleil, vous avez appliqué un peu plus de crème solaire et êtes retourné sous les rayons UV. Ce soir-là, c’était l’insolation critique, fièvre et sueur étaient au rendez-vous. Le lendemain, vous étiez à nouveau à l’ombre. Le jour suivant, ayant déjà oublié votre coup de soleil de la première journée et l’insolation de la troisième, vous vous êtes à nouveau présenté sous les feux de la rampe.

Cette fois-ci, aucune protection solaire. De toute façon, après cinq jours à la chaleur, votre peau ne devrait-elle pas être habituée? Inévitablement, c’est un deuxième coup de soleil qui vous frappe. Le lendemain du deuxième coup de soleil, c’est à l’ombre que l’on vous retrouve. Et le lendemain? Et le lendemain du lendemain? J’imagine que si vous restez deux semaines dans le Sud, vous aurez peut-être le temps d’attraper sept coups de soleil:) Le défi est lancé!

TYPE E: LE SERPENT QUI MUE

Pour vous transformer en serpent qui mue, vous devez être passé par le HOMARD et le GRAND BRÛLÉ au cours de votre semaine de vacances.  Votre peau a tellement souffert qu’elle exige une cure de jouvence. Ce phénomène se produit normalement lorsque vous êtes enfin prêt à revenir à la maison.

Votre premier coup de soleil vous a asséché l’épiderme. Vous avez donc commencé à peler dès les premières journées de la semaine. Insouciant comme vous êtes, vous avez été frappé encore une fois par un autre coup de soleil. Une semaine plus tard, c’est tout votre corps qui est asséché.

Votre cuir chevelu se détache. Vos mains craquent. Vos vêtements sont recouverts de vieilles peaux sèches. Vous laissez des traces de votre venue sur les sièges de l’avion. En fait, vous perdrez tout votre bronzage avant même d’être rentré au bercail. Une huile de noix de coco ou un FPS 30? À vous de choisir.

TYPE F: LE VIEUX PRUNEAU alias LE BACON GRILLÉ

Vous faites partie de ce groupe de gens qui bronzent sans brûler. Seulement, vous n’arrivez pas à gérer votre temps d’exposition au soleil. Vous avez créé une dépendance aux rayons UV. Vous vous levez le matin à 7 h AM et allez déposer votre serviette sur une chaise à la plage car vous ne voulez surtout pas vous faire voler votre place. S’en suit le déjeuner. Vous revenez à 8 h 30 prêt pour affronter la journée. Vous vous étendez à l’horizontale et vous y restez. Vous vous dorez un côté du corps durant quelques heures puis c’est l’autre côté qui y passe. Le lendemain, la même routine.

À la fin de la semaine, vous êtes noir, voire calciné. Vos dents blanches nous aveuglent. Le blanc de vos yeux déchire l’obscurité. Pour sourire, vous devez faire un effort supplémentaire car vos muscles sont complètement figés. Tout le sébum de votre peau s’est évaporé sous l’effet de la chaleur, vous donnant une allure terne et sèche.

Vous pourriez ressembler à une oasis fleurissante du désert de Libye, mais au lieu de ça, vous êtes le désert du Sahara. Un petit conseil: la modération à bien meilleur goût…

ET VOUS? ÊTES-VOUS PLUTÔT TYPE VIEUX PRUNEAU OU GRAND BRÛLÉ?

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29 octobre 2015
Par Elizabeth Landry

Histoires de fantômes à 36 000 pieds d'altitude

Les fantômes, vous y croyez? Moi oui. Un jour, j’ai lu un livre écrit par James Van Praag, un médium américain de renom qui a entre autres produit la télésérie Ghost Whisperer, inspirée de sa vie. Si vous ne savez pas de quoi je parle, cette série a connu un grand succès et mettait en vedette Jennifer Love Hewitt dans le rôle de Melinda Gordon, une jeune mariée qui a hérité de sa grand-mère et de sa mère le don de communiquer avec les esprits des morts.

Dans ce livre, dont le nom m’échappe, l’auteur raconte que les avions sont des endroits qui regorgent d’esprits. Il explique que, comme les gens sont angoissés à l’idée de voler ou qu’ils ont peur de l’avion, leurs proches défunts leur tiennent compagnie pour les rassurer. Pour ma part, je n’ai jamais vu, ni senti une présence invisible lors d’un vol sauf qu’il semble que d’autres oui.

Sur le site Confessions of a trolley dolly, une agent de bord nous raconte plusieurs histoires où des agents de bord auraient été témoin de phénomènes paranormaux à bord. Les esprits de gens décédés lors d’un vol par exemple hanteraient les appareils où ils auraient trépassé. Des rideaux qui s’ouvrent et se referment comme si un passager essayait d’entrer dans la galley alors qu’il n’y a personne. Le sentiment d’une présence à ses côtés lorsque l’on est seul à l’arrière etc… Mais l’une d’entre elles m’a vraiment donné la chair de poule. La voici.

La Femme au Gin & Tonic (traduction libre)

Sur un vol long-courrier, un jeune agent de bord se rend dans la section de repos pour membre d’équipage afin de faire une sieste. Endormi sur l’un des lits (évidemment, ce n’était pas un 737 mais plutôt un gros 747), il se fait réveiller par un bruit anormal. Il ouvre les yeux et se surprend en voyant une vieille femme debout à ses pieds. L’homme sursaute et demande immédiatement ce qu’elle fait dans cette section où les passagers n’ont pas accès.

« OH Désolé, je voulais seulement avoir un Gin&Tonic pour mon mari », répond la vieille femme.

L’agent de bord, certain d’avoir fermé la porte derrière lui avant d’aller se coucher, reste professionnel et lui dit qu’il lui apporterait le verre dès qu’il aurait terminé sa pause.

« Ok, merci! Il est assis à 2 A », ajouta la femme.

Incapable de se rendormir, l’agent de bord remonte aussitôt dans la galley pour servir le Gin&Tonic du mari. Comme il s’approche du siège 2 A, il remarque que l’homme est seul et qu’il n’y a pas de signe de sa femme à ses côtés. En fait, personne n’a été assis à côté de lui du vol.

« Excusez-moi monsieur, voici votre Gin &Tonic »

« Ah merci mais je n’ai rien demandé », répond l’homme.

« Ah c’est votre femme qui l’a fait il y a un moment déjà. J’étais en pause. Désolé pour le retard », précise l’employé.

Surpris de la réplique, le passager change de couleur.

« Je vous demande pardon? »

L’agent de bord reformule mais à ce moment-là, le mari commence à s’agiter et le directeur de vol accourt rapidement pour savoir ce qui se passe. Le passager s’empresse d’expliquer la situation d’un air affolé.

« Ce jeune homme affirme que ma femme lui a demandé un verre pour moi! »

L’agent de bord lui assure qu’il dit la vérité.

« Je ne sais pas à quoi vous jouez jeune homme mais il n’y a aucun moyen que ma femme vous ait demandé un verre pour moi! »

Confus, le pauvre employé tente le tout pour le tout.

« Je vous assure que c’est vrai. Elle est venue en bas dans la section réservée aux membres d’équipages. Elle est petite, cheveux gris avec de larges lunettes. Elle portait une robe brune avec un cardigan et… »

« Oh my God! s’exclame le mari. Décrivez-la-moi à nouveau ».

Pendant que l’agent de bord décrit pour la seconde fois l’apparence de la femme, le vieil homme se met à pleurer avant d’ajouter :

« Je suis désolé, mais ma femme est décédée… »

Après cette affirmation, un lourd silence baignait dans la cabine. Le directeur de vol se tourna vers le jeune agent de bord pour savoir si c’était une mauvaise blague mais le passager assura que rien n’était plus vrai. En fait, l’agent de bord venait de décrire exactement comment sa femme était habillée lorsqu’elle avait succombé à une crise cardiaque quelques jours plutôt. À cet instant précis, il ramenait son corps en Angleterre enfin qu’elle soit enterrée.

Curieusement, après vérification auprès du commandant, il s’avéra qu’un cercueil se trouvait bel et bien dans le cargo…

Et vous, avez-vous déjà vécu une expérience paranormale à bord?

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26 octobre 2015
Par Elizabeth Landry

Manipulation des passagers: Trucs et Astuces

Mise en situation #1

Hôtesse de l’air: «Aimeriez-vous manger du spaghetti avec du poulet parmigiana ou juste des pâtes?»

Passager: «Je choisis le spaghetti»

Mise en situation #2

Hôtesse de l’air: «Aimeriez-vous manger du poulet avec des pâtes ou des pâtes sauce rosée avec légumes?»

Passager: «Des pâtes sauce rosée avec légumes»

Et vous, que mangeriez-vous? Avouez que vous auriez choisi le spaghetti et ensuite les pâtes sauce rosée? Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il manquait sûrement l’intonation de ma voix pour vous convaincre. Car prononcés stratégiquement, ces choix que vous croyez VÔTRE, ne vous appartiennent pas. Ils ne sont qu’une illusion créée de toutes pièces afin de vous diriger vers le choix que J’AURAI décidé.

Je l’avoue, je vous manipule à ma guise. De toute façon, tous les jours vous vous faites manipuler à votre insu. Les experts en marketing vous le diront, vous êtes manipulés constamment. Les médias le font, les publicités le font, et l’hôtesse de l’air à bord de votre avion le fait aussi! OUF! VOUS ÊTES FOUTU, HEIN?

Sachez pourtant ici qu’aucun mensonge n’est vraiment faux. Du spaghetti avec du poulet est bien des pâtes avec du poulet. Et des pâtes avec sauce rosée se résument de toute évidence à des pâtes.

À la différence des publicités qui maquillent la vérité pour devenir riche, moi, je le fais pour votre bien… et le mien en contrepartie. Je ne voudrais surtout pas que vous soyez déçu, choqué, voire frustré de ne pas avoir eu le plaisir de manger le repas que vous désiriez lors de votre précieux voyage. Autant que je ne voudrais pas que cette déception créée par l’absence de votre choix de repas se transforme en une haine irréversible à mon égard, à l’égard de mes collègues ou à l’égard de la compagnie aérienne pour laquelle je travaille.

Bref, je m’efforce courtoisement d’influencer votre décision de façon calculée tout au long de mon service, car je sais pertinemment qu’il n’y a pas suffisamment de pâtes, de poulet, ou de boeuf pour tout le monde.

Résumé: si vous choisissez la même chose, je suis foutue! Je devrai m’excuser à la moitié des passagers à bord et me sentir impuissante, sentiment que je déteste par-dessus tout. Je préfère alors manipuler votre perception des choix offerts afin que vous soyez heureux, sereins, en famille, main dans la main.

Un petit instant! Ne vous en offusquez pas. Je ne fais qu’appliquer les principes fondamentaux de la manipulation à bord. Ces astuces d’hôtesses de l’air, transmises de génération en génération, m’ont été soufflées à l’oreille dès mes premières heures de vol. Ce sont des secrets professionnels bien gardés…mais laissez-moi vous en dévoiler quelques-uns 🙂

INITIATION À LA MANIPULATION DES PASSAGERS

Principe #1: La poésie des mots tel un Français

Les Français ont cette tendance à utiliser toutes sortes de mots élégants pour décrire des choses simples. Ils ont leur propre appellation contrôlée des mots. Ils mangent des «gourmandises», boivent des «ballons de rouge» et arment les toboggans à bord des avions en disant «Personnel de cabine, armement des toboggans!».

Au Québec, nous sommes un peu plus rustiques, plus directs, moins romantiques dans notre franc-parler. Nous mangeons des pâtisseries garnies de chocolat, buvons des verres de vin rouge et armons les portes des avions en disant: «Personnel de cabine, armement des portes!».

Par contre, si vous voulez influencer la décision des passagers, qu’ils soient Québécois, Anglais ou Inuits, il faut faire vibrer les mots à la manière d’un Français. Tel un poète, vous devrez décrire élégamment le repas que vous avez en plus grande quantité. Évitez bien entendu le chichi pour le second choix. Ainsi, si vous servez à bord du boeuf bourguignon, privilégiez le «bourguignon» lorsque vous voulez qu’il soit choisi. Et lorsque vous êtes à sec, dites plutôt «boeuf avec des patates». Le passager pensera alors: «Boeuf avec des patates, bouh!». Il choisira ensuite l’autre plat plus attrayant et moins décevant. Succès garanti, c’est promis!

Principe #2: Abuser des indécis et des endormis

Pour arriver à offrir deux choix de repas à vos passagers et de rendre ainsi tout le monde heureux, il vous faudra être astucieux. Lorsqu’une porte s’ouvre, on l’emprunte non? Ne vous sentez donc pas mal à l’aise d’abuser de quelques passagers indécis ou endormis. S’ils ne savent pas quoi manger, choisissez pour eux! Vous épargnerez du temps, mais surtout vous vous assurerez de rallier les rangées suivantes de votre côté. Ne voudriez-vous pas que le bataillon rejoigne votre camp si la guerre éclatait? Évidemment! Dans ce cas-là, écoutez ceci.

Les indécis sont tous ceux qui vous regardent avec un air étonné lorsque vous leur proposez les choix offerts. Ils sont tous ceux qui vous font répéter les choix. Ils sont tous ceux qui vous demandent: «Les pâtes sont servies avec quoi?» ou «Le poulet est servi avec quelle sauce?» ou «Quelle est la cuisson du boeuf?». S’en suit d’un «Hummmmm», interminable. C’est après ce «Hummmm» que vous devez sauter sur l’occasion. La porte s’ouvre…c’est maintenant ou jamais! Empruntez-la!

Pour les endormis, vous avez le champ libre. À moins, bien sûr, que le copain ou la copine de l’endormi ne se mêle pas de ses affaires! Là, vous n’aurez d’autres choix que d’acquiescer à sa demande et de déposer sur la tablette, le choix de repas qu’il ou qu’elle aura décidé. GRRRRRR!

Principe # 3: Ne pas se faire prendre la main dans le sac

Pour triompher lors de cette épreuve, vous devrez minimiser les occasions d’être démasqué. Le truc: rester crédible. Par conséquent, je vous suggère de rester constant dans vos propositions de choix de repas pour chaque groupe de passagers.

Par exemple, vous ne pouvez pas proposer à Monsieur 12 A de choisir entre un bon boeuf bourguignon et des pâtes et ensuite proposer à Monsieur 12 C un platonique boeuf avec des patates. Les risques sont beaucoup trop élevés pour que l’on vous démasque.

Comme Monsieur 12 C est assis tout près de Monsieur 12 A, il a sans doute entendu votre première proposition faite à ce dernier. Conséquemment, Monsieur 12 C vous dira: «Mais vous ne serviez pas du boeuf bourguignon?» Et vous de rétorquer pour sauver la face: «Et bien, hummm, du boeuf avec des patates c’est la même chose que du bourguignon Monsieur…hummm.»

Vous voulez garder votre dignité? Le changement d’appellation devra donc se faire à l’insu de tous. Il suffit de créer une distance sonore entre les passagers à qui vous vanterez le boeuf bourguignon et ceux à qui vous direz boeuf avec des patates. Je vous suggère donc de profiter de toutes les occasions qui s’offriront à vous pour appliquer le GRAND CHANGEMENT: passagers endormis, rangées libres, sorties d’urgences. Je vous le dis, ils n’y verront que du feu!

Un peu de manipulation, ça ne fait pas de mal à personne!

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10 avril 2015
Par Elizabeth Landry

La mésaventure de Bouteille Scarlett

Il y a huit ans, lors de mon premier vol, j’ai commencé un rituel qui ne s’est jamais terminé. Je n’ai rien inventé. J’ai seulement imité les habitudes de mes collègues. Car, avec cet air sec d’avion qui déshydrate et nous fait boire des litres d’eau, mieux vaut s’approprier notre propre bouteille d’eau et l’avoir à portée de main en tout temps. C’est là que la créativité s’active !

Une fois à bord, tous récupèrent leur 1.5 litre de liquide pour l’identifier. De toutes les bouteilles d’eau à bord, aucune n’arbore le même code, car bien sûr, nous ne voulons pas boire par mégarde dans celle d’une autre hôtesse. Par exemple, l’une y inscrit son nom en marqueur noir. Une autre son nom suivi d’un cœur. Mon design est plus rapide. Je déchire l’étiquette de façon à ce qu’elle forme une longue bande facile à attacher et je l’entoure autour du contenant. C’est ma marque personnelle. Bouteille Scarlett vient d’être créée.

Cette semaine Bouteille Scarlett s’est beaucoup promenée. La version 1 s’est rendue à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Version 2-3-4 à Cuba, Halifax et je ne sais trop où. Mais c’est lors de son dernier vol, que Bouteille Scarlett version 5 a vécu l’aventure de sa vie. Un dépaysement. Un cultural choc. Elle a encore de la difficulté à s’en remettre. Pourtant, sa journée avait commencé normalement.

Je m’étais levée tôt et je n’avais rien mangé mis à part un gruau rapide dans ma chambre. Une fois arrivée à l’aéroport de Halifax, j’ai ramassé un sandwich œuf saucisse et un bon cappuccino au Starbucks. Comme à l’habitude, mes lèvres se sont posées sur le goulot de Bouteille Scarlett dès mon entrée à bord. La première gorgée a chassé le goût de café que j’avais dans la bouche. Je suis certaine que de microscopiques morceaux de saucisses se sont échappés dans ma bouteille d’eau lorsque j’ai refermé la bouche.

Je ne sais trop pourquoi, mais j’ai remarqué que je recrache toujours un peu de salive quand je bois. Les restants de mon déjeuner se sont peut-être déposés tel un coquillage que l’on lance à la mer et qui se dépose sur le sable en valsant tranquillement? Je n’ai pas cherché à savoir. Bouteille Scarlett et moi ne faisons qu’un. Elle aime ma salive et l’accepte à son grand plaisir.

L’embarquement a suivi. J’ai caché ma protégée dans un compartiment. Le décollage s’est bien déroulé et nous avons commencé le service aux passagers. Pendant ce temps, elle attendait sagement que je retourne la voir. La pause arrivée, mon ventre gargouillait. J’ai grignoté des chips, des craquelins, tout ce que j’avais sous la dent. J’ai chassé les miettes sur mes palettes avec une bonne gorgée d’eau offerte par Bouteille Scarlett. J’ai peut-être encore recraché sans le savoir dans son contenant. Elle ne m’a pas chicanée. « Je suis à toi, m’a-t-elle dit, recrache autant que tu le veux ! » J’ai souri. J’aime que l’on m’accepte telle que je suis.

L’atterrissage s’est bien effectué à Punta Cana. Le temps que l’équipe de nettoyage fasse son travail, une collègue et moi sommes sorties nous asseoir à l’extérieur. J’ai dégusté une pomme sous un chaud 27 degrés Celsius. La pelure rouge s’est coincée entre mes dents. Voilà l’une des raisons pourquoi je n’aime pas en manger souvent. Lorsque je suis remontée à bord, Bouteille Scarlett m’attendait. J’ai tenté de nettoyer ma cavité buccale avec son précieux nectar. Elle m’a un peu aidée, mais j’ai pensé qu’il ferait mieux que je me brosse les dents comme j’ai l’habitude de faire entre deux vols. Je me sentais à nouveau fraîche.

Souriante, j’ai accueilli les nouveaux passagers Bouteille Scarlett s’était cachée à nouveau dans son compartiment. Par contre, elle entendait tout, car située près de la porte. « Pourquoi les passagers parlent en français ? » se demandait-elle. Ah c’est vrai ! Fini les vols de Nouvelle-Écosse, nous revenions à Québec.

Le décollage a suivi et nous avons déambulé avec les chariots dans l’allée. Ça n’en finissait plus. Boissons par ci. Pizza par là. Je ne voyais pas le temps passer. La pause est enfin arrivée et j’ai mangé. Bouteille Scarlett m’accompagnait pour m’aider à faire passer ce poulet pas très délicieux des repas d’équipage.

Vite, vite, la boutique Hors-Taxes ! Je me suis dirigée à l’avant pour récupérer le chariot. Trop préoccupée par mes tâches, j’ai oublié mon amie fidèle sur le comptoir. D’une certaine façon, elle était heureuse, car elle pouvait m’observer en ayant une vue imprenable sur la cabine.

Le shopping a commencé. Bijoux, alcool, cigarettes. Une bouteille de Gin manquait. « Je vais aller voir dans l’autre chariot », ai-je dit à ma collègue.

Arrivée à l’arrière, mon cœur s’est arrêté de battre. Bouteille Scarlett pleurait à chaude larme. Elle était vidée d’eau. Plus une goutte de disponible. Sa tâche à me servir venait de prendre fin. J’ai tenté de comprendre en vain ce qui venait de se passer.

« C’est toi qui as bu ma bouteille ? », ai-je demandé à ma collègue qui s’affairait dans la galley.

« Non. Elle était vide quand je suis arrivée. »

« Mais elle était encore au quart…»

« Ah je ne sais pas mais il y avait plusieurs passagers avec des verres d’eau dans les mains près des toilettes tout à l’heure. »

J’ai esquissé une grimace. L’hôtesse blonde a plutôt souri.

« Ça leur apprendra à se servir sans demander ! », a-t-elle lancé d’un air enchanté.

Beurk! J’étais à la fois dégoutée et triste pour Bouteille Scarlett qui venait de rendre l’âme. Il me fallait rester positive.

« Ce que l’on ne sait pas ne fait pas mal ! » ai-je pensé avant de retourner dans la cabine.

R.I.P Chère Bouteille Scarlett!

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Pour la série L’Hôtesse de l’air par ici.

 

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