Chroniques

17 octobre 2014
Par Elizabeth Landry

Scarlett et le Boeing 737

Chers passagers,

Certains d’entre vous, pour fuir l’hiver, s’envoleront bientôt vers les chaleurs du Sud. Si c’est le cas, il y a de fortes chances que vous montiez à bord d’un Boeing 737. Un appareil qui, au contraire des pilotes (voir le vidéo ci-bas) ne plaît pas autant à Scarlett. Petit extrait de mes dernières semaines de rédaction de L’Hôtesse de l’air Tome 3.

 

(Scarlett vient d’apprendre qu’elle vole pour la première fois sur le 737.)

J’ai repoussé cette journée pendant trois mois en inscrivant ÉVITER 737 sur mon horaire.

La nouveauté ne m’effraie pas. C’est plutôt l’appareil qui ne me dit rien. Pour une hôtesse de l’air, il se situe à l’antipode du glamour. Pas d’endroits où se cacher. Une seule allée. Des mouvements de chariots répétitifs et obligés pour permettre aux passagers d’accéder aux toilettes. Des groupes de mariés, des gens bourrés. J’en ai tellement entendu parler que j’en ai la chair de poule. Ce jour allait inévitablement arriver, mais si j’avais pu, j’aurais repoussé cette journée pendant ma vie entière.

  • Scarlett ?, m’interpelle la directrice.
  • Oui ?

Je sors de ma rêverie.

  • C’est à toi.
  • À moi ?
  • Ta position. Tu es la première à choisir.
  • Euh, hésitai-je.

Je ne sais que répondre, car je ne me souviens plus de qui fait quoi sur cet avion. Ma nervosité m’en a fait perdre mes facultés cognitives. À oui, ça me revient !

  • L-2 A !, annonçai-je contente d’avoir sauvé la face.

(extrait retiré)

Je n’en fais pas de cas. À la place, j’essaie d’être pratique et de me remémorer ce qu’implique ma position. Je sais au moins une chose : je serai assise du côté gauche dans la queue de l’avion. Pour le reste, je ne suis plus sûre. Avant de me diriger à l’arrière, j’interpelle Cloé, la directrice pour qu’elle me fournisse de plus amples détails.

  • Tu fais le service de bar et de repas.
  • Ah ok. Juste ça ?, demandai-je soulagée.
  • Ben tu sais aussi que tu dois breffer les passagers assis aux fenêtres de secours ?
  • Bien sûr !, mentis-je pour ne pas avoir l’air d’une incompétente.

Des perles de sueurs brillent sur mon front. Évidemment, mes collègues plus juniors ont dû se réjouir quand, grâce à mon ignorance, la plus sénior de l’équipage, en l’occurrence moi, a choisi la position la plus indésirée des quatre. Un avertissement aurait été apprécié. « Bel esprit d’équipe ! », m’offusquai-je. Je m’emporte. C’est ma faute. J’aurais dû demander dès le début un résumé des tâches.

Je prends ma pilule et poursuis mes vérifications prévol. Je confirme ensuite par une signature qu’elles ont été effectuées et retourne à l’arrière.

  • L’embarquement a été lancé, annonce la chef de cabine via l’interphone.

Je me poste en milieu de cabine, là où ma présence est requise en tant que L-2 A. J’observe mon environnement en tentant de m’y habituer. Les compartiments à bagages se referment différemment de ceux que j’ai l’habitude de voir. Une seule allée traverse l’avion de long en large. Même les hublots semblent prendre une forme unique. Je me sens déboussolée. Mon spacieux bureau s’est métamorphosé en quelque chose de plus effilé et exigu.

  • Mon siège est ici, m’annonce un passager.
  • Oh ! Pardon, dis-je en me déplaçant dans la rangée suivante.

Pour passer le temps, je récite en silence les explications que je devrai fournir aux passagers assis près des fenêtres situées au-dessus des ailes.

Un : en cas d’évacuation, êtes-vous volontaire pour ouvrir les sorties d’urgence ? « Vous feriez mieux de me dire oui », pensai-je.

Deux : Avant d’ouvrir, vous devez vérifier que la sortie est utilisable. « Traduction : il y a t-il du feu sur l’aile, de l’eau, des débris ? J’espère que vous serez encore vivants pour pouvoir le savoir. »

Trois : Le plus important. Comment ouvrir cette foutue fenêtre ? Retirez le couvercle protecteur et tirez sur la poignée supérieure vers l’extérieur et vers le haut. Euh…Serait-ce plutôt vers l’intérieur et vers le bas ?

  • Désolé Madame, je suis assis ici, m’apprend un autre second en me désignant son billet d’embarquement.
  • Oh ! Pardon, répétai-je en me déplaçant à nouveau dans une rangée libre.

Ou en étais-je ? Ah oui ! La poignée ! Tirez en haut ou en bas ? « Dans le fond, pensai-je, si ça ne marche pas par en haut, ils n’auront rien qu’à tirer par en bas. Je vais m’en tenir au principal », me conseillai-je avant de me lancer dans ma tentative officielle d’explications.

            Je remonte l’allée, enfin, je tente de remonter l’allée. Pardon par-ci et pardon par là, je n’avance guère dans la bonne direction. Le couloir est si étroit qu’il n’y aucune bretelle de dégagement. Une collision assurée lorsque l’un s’engage dans ce sens unique. J’abandonne.

  • Et merde c’est quoi cet avion !, me lamentai-je à Diane en atteignant la « semblant » de galley à l’arrière.
  • C’est l’avion le plus vendu au monde, m’annonce-t-elle tout bonnement.

Comment elle sait ça ? Diane, la perdue et l’insomniaque est aussi cultivée ?

(Extrait retiré)

Quoiqu’il en soit… Bon vol! 

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Iq_d2QI8v6o&w=560&h=315]

 

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14 mai 2014
Par Elizabeth Landry

Quand la fiction frise la réalité

YUL-BCN (24 h) DH CDG

(Montréal – Barcelone – Deadhead Paris) 

Qui aurait cru que ce que j’écrirais dans mon livre (L’hôtesse de l’air tome 2) se transformerait en réalité (en partie seulement…) Survol de ma dernière escale.

« Allo les gars, c’est moi qui prendrai soin de vous ce soir ».

Le commandant se retourne pour me saluer. Première impression : cute, air sympathique ? À confirmer.

L’autre m’ignore. Déduction : timide ? ou juste indifférent ? Probablement un pilote intello et gêné qui restera caché dans son cockpit pendant toute la traversée. À confirmer.

« Ah c’est toi la chanceuse! », blogue le commandant.

«Euh… pas que je voulais, j’ai pas eu le choix… »

Ai-je vraiment dit ça ? C’est la vérité. J’étais la plus junior dans l’équipage donc j’ai obtenu la dernière position, celle dont j’ai horreur. Pas que je déteste les pilotes mais je n’aime pas être postée en avant lors d’un vol de nuit. En fait, cette position implique de travailler en Première. Et qui dit « Première » dit moins de passagers. Ce qui signifie: moins de boulot, plus vite assise, plus vite je me tourne les pouces et plus vite je gèle mes entrailles parce qu’il fait un froid de canard dans la galley avant.

À l’inverse, mes collègues jaseront à l’arrière et parcourront l’allée pour servir l’avion de long en large. En bougeant, ils ne se laisseront pas gagner par la fatigue autant que moi qui regardera mes protégés ronfler depuis trop longtemps. Pour me sortir de l’embarras, je reformule.

« Ce que je voulais dire c’est que sur un vol de nuit, j’ai toujours froid et c’est trop tranquille. »

« Bon, on te demandera des cafés aux minutes alors ! », ajoute le commandant pendant que son voisin reste de marbre à regarder ses instruments.

« Ouin, pensai-je, je vais avoir du gros fun à soir… »

Bienvenidos a Barcelona

Nous prenons place dans le bus qui nous amènera à notre hôtel.

« Qui est-ce qu’on attend ? », lance une agente de bord.

« Les pilotes», précise le directeur de vol.

Pendant que nous patientons dans le bus stationné sur le tarmac, je me dis que peu importe l’attente notre hôtel est tellement près d’ici que ça ne changera pas grand-chose. Je revois cette scène dans le tome 2, où Scarlett finit par jeûner un dimanche car, par réduction budgétaire, les équipages ont changé d’hôtel pour dormir à proximité des aéroports. « En Espagne, le dimanche est un jour consacré au repos. Pour un agent de bord qui séjourne désormais hors du centre-ville, loin des commodités, le jour du Seigneur signifie plutôt la descente aux enfers » dit-elle à la page 274.

« Quel jour on est ? » demandai-je affolée.

« Dimanche ! » me lancent mes collègues à l’unisson.

Ah ! Je comprends maintenant pourquoi j’ai obtenu ce vol. Moi qui me trouvais très sénior d’avoir eu un Barcelone direct et de ne faire qu’une mise en place sur Paris le lendemain.

« Je vais vous accompagner en taxi jusqu’au centre-ville », dis-je aussitôt en sachant que l’équipage planifie une sortie en ville.

Pendant que j’essaie mentalement de planifier ma soirée, les pilotes entrent dans le bus et s’asseyent sur un banc près du mien. Le silencieux reste silencieux. D’ailleurs, il n’est sorti qu’une seule fois pour utiliser les toilettes sans même me dire un mot. Conclusion : très discret et ennuyant. Tout le contraire du commandant.

« Désolé de vous avoir fait attendre ! Le gars au sol n’arrivait pas à connecter le BLA BLA BLA et BLA BLA BLA !» explique-t-il avec un débit rapide et un volume élevé pour être certain qu’on l’entende tous. Impression : il est 7 heures du matin (heure de Montréal). Je n’ai pas dormi. J’ai les yeux rouges de fatigue et mes oreilles sont agressées par ton explication expressive.

Il poursuit en amplifiant la situation.

« C’est pas difficile de connecter un BLA BLA BLA et BLA BLA BLA ! C’est toujours comme ça en Espagne BLA BLA BLA! L’autre jour à destination X j’ai dit BLA BLA BLA! »

Impression : il était juste cute. Conclusion : Il m’énerve !

Barcelone

En voyant la vue depuis ma chambre, je suis encore plus convaincue que je prendrai le taxi avec l’équipage vers le centre-ville. J’ai hâte ! Depuis le changement d’hôtel, je n’y suis pas retournée depuis presque un an et demi. Les filles planifient d’aller manger du poulet péruvien. « Beurk !, pensai-je, aucune chance que j’aille manger du poulet en Espagne ».

Je décide de faire cavalière seule et d’aller m’asseoir sur un merveilleux tabouret de la Cerveceria Catalana, un resto connu des touristes, mais qui reste très apprécié des locaux qui y font un arrêt obligé plusieurs fois par semaine. J’engloutis mes tapas préférées, je bois trois verres de Rioja et une fois les pommettes rosées, je saute dans un taxi vers les Fontaines de Montjuïc.

  

Le conducteur, un Pakistanais qui parle un parfait espagnol m’explique que c’est par hasard s’il vit maintenant en Espagne. « C’est ce pays qui a été pigé lorsque j’ai appliqué pour l’immigration. », précise-t-il. Un beau pays d’accueil, mais où le taux de chômage est extrêmement haut. « Vous êtes chanceux, lui dis-je, vous avez un emploi. » Il approuve avant de me déposer près d’un trottoir, Plaça Espanya.

J’admire pendant une heure le spectacle de sons et lumières qui se déroule sur la place. Les fontaines bougent et changent de couleurs au rythme de mélodies variant entre un Queen ou un classique de Mozart.

Il y a une dizaine d’années, j’étais venue ici. C’était ma première fois en Espagne. J’étais venue en immersion pour apprendre la langue du pays. Les souvenirs sont revenus l’instant d’une valse et j’ai à nouveau sauté dans un taxi.

Le conducteur, un catalan pur et dur me fait la conversation.

« Vous venez d’où ? »

« Du Canada. »

Je remarque le doute dans ses yeux. Je précise comme à chaque fois.

« Le Québec. C’est pour ça l’accent français.»

« Por Supuesto ! Et le référendum ? »

Monsieur le conducteur de taxi connaît bien la situation politique au Québec. Animé par le sujet, il s’empresse de me parler de sa Catalogne natale.

« Nous voulons l’indépendance ! L’an passé nous avons marché à travers toute la Catalogne pour faire pression sur les dirigeants politiques afin de nous donner la possibilité de voter librement pour notre indépendance. Ils n’ont pas voulu. »

« Hum… si c’est la volonté du peuple catalan, vous devriez pouvoir le faire. L’Espagne est un pays libre non ?»

Et voilà, Monsieur le conducteur s’enflamme avec son discours jusqu’à se perdre dans les ruelles vides du quartier sans vie où je séjourne.  Je regagnerai mes quartiers sans anicroche avec un joli souvenir d’un homme ayant la Catalogne tatouée sur le coeur.

Deadhead Paris

Le lendemain, c’est à Paris que je m’envole. Pourquoi l’écrire quand c’est écrit dans mon livre?

La scène où Scarlett pousse son sac à main comme une vieille serviette dans son bagage, c’est moi! Comme si j’avais su prédire l’avenir! HA HA HA (Chapitre 25 )

L’hôtesse de l’air – Tome 2 – L’atterrissage de Scarlett Lambert est disponible dès aujourd’hui dans tous les grands magasins du Québec!

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3 avril 2014
Par Elizabeth Landry

J'ai envie de pipi

«Mesdames et Messieurs, nous traversons une zone de turbulence. Nous vous demandons de retourner à votre siège et d’attacher votre ceinture. Veuillez ne pas utiliser les toilettes pendant ce temps. Merci !»

« Désolé Monsieur, je devrai revenir après la turbulence », mentionné-je à un passager en train de faire du shopping dans la boutique hors-taxe.

Ma collègue et moi sécurisons le chariot à l’avant.

« Je vais faire les checks ! » lui dis-je pour qu’elle parte s’asseoir au plus vite à son strapontin.

Comme je me prépare à parcourir l’allée d’un bout à l’autre de l’avion afin de rejoindre mon siège, une secousse se fait sentir. Je bascule vers la droite d’un trait, sans même pouvoir me retenir. Heureusement, un siège de passager bloque ma lancée. « Ouf ! Ça brasse » pensé-je.

En marchant, j’agrippe la barre de retenue qui se trouve sous les compartiments à bagages. Je vérifie les ceintures des passagers au passage «Seatbelts, ceintures, Seatbelts, Ceintures! »

Lorsque je m’attache enfin, mon interphone retentit. La voix de la directrice de vol se fait entendre : « Le commandant vient de m’aviser qu’on va avoir de la turbulence modérée d’ici cinq minutes pendant 20 minutes. Assurez-vous que tout est bien sécurisé »

A-t-elle bien dit « Turbulence modérée » dans cinq minutes ? Je pensais qu’on était déjà dedans… Il semblerait que non, car comme prévu, au bout d’un moment les secousses s’accentuent. De mon siège, j’ai une vue panoramique sur l’appareil. Les têtes des passagers valsent vers la gauche et ensuite vers la droite au même moment. J’aimerais me lever pour ramasser ma bouteille d’eau rangée dans un compartiment mais je n’ose pas le faire. En résumé, ça bouge assez pour que moi, l’hôtesse de l’air qui en a déjà vu d’autres, pense qu’il ne faut pas se lever. Je n’ai pas peur, je reste seulement consciente qu’une secousse plus intense et imprévisible pourrait me plaquer contre le mur, le plafond ou le sol. Dans mon top 3 turbulences, cette séquence en fait officiellement partie.

Mon scénario idéal dans ce genre de situation est le suivant : l’appareil se fait remuer d’un bord et de l’autre pendant les vingt minutes prévues. Par évidence de la situation, les passagers restent sagement assis à leurs sièges. La turbulence cesse. Tout le monde peut maintenant se lever et moi je conserve mon rôle de gentille hôtesse de l’air dédiée à la sécurité.

Un beau scénario irréaliste où j’ai dû me transformer encore une fois en une méchante police de l’air. Voyons voir.

Dix minutes viennent de passer depuis que je suis assise à mon strapontin. Peut-être plus. Je le répète ça brasse. Comme je ne peux moi non plus me lever, je regarde le film, muet pour moi, à ma grande déception. Je connais l’histoire jusqu’à la fin mais je ne l’ai jamais visionné avec du son.

Une dame se lève. Elle est assise à la rangée 4, en avant. Elle n’a pas vu le signal des ceintures attachées qui est allumé. Ni senti les secousses qui frappent fort? Étrange… Elle marche d’un pas décidé vers l’arrière. Ma collègue assise au milieu de l’avion l’intercepte et lui mentionne de retourner à son siège.

Une minute passe. Une autre dame se lève. Soit 1  – elle n’a pas vu l’autre dame se lever ou 2 – elle pense faire exception à la règle.

« Désolée, nous sommes encore en turbulence, vous devez demeurer assise », ordonné-je.

Elle fait la moue et rebrousse chemin. Un sentiment de méchante sorcière m’envahit. Je l’ignore.

Les secousses continuent. Cinq minutes passent et là j’aperçois maintenant plusieurs têtes dans l’allée qui me regarde. Depuis les dernières rangées, une femme me regarde en panique et remue les lèvres pour me parler. Je réussis à lire son message. « J’ai envie de pipi ! », me lance-t-elle.

« Vous ne pouvez pas vous retenir un petit instant ? », aimerai-je lui demander. Je me contente de bouger la tête négativement. Elle se retourne. Et puis, comme si cette dame venait de jeter un mauvais sort à l’avion en entier, j’ai l’impression de ne plus avoir affaire à des passagers matures et vaccinés. J’effectue plutôt un voyage dans le temps. Nous voilà à la petite école. À tour de rôle, des femmes me regardent. En espérant m’attendrir, elle prennent un air de chien battu et prononcent un « J’ai envie de pipi ! »

« Moi aussi ! », pensé-je. J’aimerais les laisser y aller mais la turbulence m’inquiète. De plus, mon strapontin se situe dans le passage menant aux toilettes. Si je les laisse passer, je devrai me détacher et mettre ma propre sécurité en danger. Pas question !

Une dame insiste et se lève. « J’ai vraiment envie de pipi. Je vais le faire dans mes culottes ! » m’annonce-t-elle. Wô ! On m’épargne les détails s’il vous plait ! Je cède. J’en ai assez de jouer à la police. Je la laisse se faufiler entre mon strapontin et la toilette sans me détacher. Elle se contorsionne autant qu’elle peut et réussit à y entrer en effleurant ses formes sur mon épaule.

Soudain, je réalise la grosse erreur que vient de commettre. D’autres dames se lèvent. Je ne sais plus où légiférer. Ce n’est pas le temps de jouer à l’infirmière de guerre et de faire le tri des cas de pipi suffisamment pressants pour leur permettre le passage. Et là, une file de passagers s’accumulera devant moi pour qu’une secousse brutale les forcent à me piétiner ? D’un air autoritaire, je retourne tout le monde à leur siège.

« Ben là ! Pourquoi elle et pourquoi pas moi ? », entendis-je. Et bien, parce qu’avec cette turbulence, vous allez en mettre partout sur le plancher…

Cette anecdote ce termine ainsi. J’aimerais poursuivre, vous raconter comment tout cela s’est terminé mais je dois partir. Déjà? Oui, désolée… J’ai envie de pipi !

P.S. Vous remarquerez que ce ne sont que des femmes qui se sont levées pour utiliser les toilettes. Aurions-nous des vessies plus petites que les hommes ?

 

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6 mars 2014
Par Elizabeth Landry

Le Karma des délais

Je reviens d’un long courrier. Une semaine que je qualifierais d’interminable. Pas parce que les passagers étaient trop exigeants ni parce que l’équipage m’était antipathique, mais bien parce que ces derniers jours furent seulement, comme je l’ai dit: INTERMINABLES!

Délai #1 –  YUL-PTY-YYZ

Tout a commencé à Montréal. L’itinéraire prévu nous faisait voler jusqu’au Panama pendant 5h56. Ensuite, une heure au sol et c’était reparti vers Toronto pendant 5h15. Bref, nous étions prévus pour effectuer deux allers vers Paris dans la même journée. Du gros plaisir de fatigue mais pour cela il fallait partir…

Les passagers une fois assis à leurs sièges, nous étions prêts à fermer la porte et décoller au plus vite. Malheureusement, il nous était impossible de le faire. Un problème mécanique? Une tempête de neige aveuglante? Non, pas de nourriture à bord… Apparemment, le fournisseur de chariots était occupé ailleurs. Tellement busy busy qu’il a pris 1h30 à venir!

Souvent, un délai en engendre un autre. Et nous voilà ainsi devant un autre problème: notre date d’expiration est arrivée à échéance. Car, il ne faut pas l’oublier, un équipage est constitué d’êtres humains, ces petites bêtes sensibles qui doivent à l’occasion dormir, manger et respirer. Pour cela, un temps limite en devoir a été établi. Si nous le dépassons et le savons avant de partir, nous devons être remplacés.

C’est ainsi que les spéculations commencèrent.

«Ils nous renvoient chez nous!» dit l’un.

«On va dormir au Panama!», dit l’autre en revenant de l’avant de l’appareil.

«Impossible! J’y croirai juste quand je serai rendue à l’hôtel», dis-je incrédule.

«Ils n’ont pas le choix. C’est ça ou ils mettent un autre trois heures de délai pour changer d’équipage», précise-t-il.

«On vient de me dire qu’il nous envoie directement à Toronto et on continue le reste de notre courrier», ajoute un autre.

Le jeu du téléphone arabe prend tout son sens dans un avion. Finalement, après un traité de «paie» conclu, nous nous envolâmes comme prévu, fîmes nos deux vols INTERMINABLES et arrivâmes à notre hôtel à Toronto après un peu plus de quinze heures au boulot.

Délai # 2 – YYZ – CUN – YQB

Lors du deuxième vol, après un repos de 24 h à Toronto, nous effectuions un vol vers le Mexique. Une fois atterris, nous sommes demeurés une heure au sol, sur la piste, à attendre que l’appareil qui occupait notre barrière puisse être redirigé ailleurs car il était bloqué au sol pour cause de bris mécanique. Lorsque nos nouveaux passagers ont embarqué finalement à bord, ils nous ont demandé:

«Il y avait une tempête au Canada? C’est pour ça que vous êtes arrivés en retard?»

Et non, même pas!

Délai # 3 –  YQB-VRA-YQB

«Dring! Dring!», retentit le téléphone dans la chambre.

«Oui, allô?», répondis-je, les cheveux humides, tout droit sortie de la douche.

« Bonjour, ici Crew Sked. Il a un délai de 45 minutes sur ton vol.»

«Ok! », confirmai-je sans surprise.

Délai # 4 – YQB – PUJ – YQB

« Bienvenue à bord de ce vol vers Québec. Nous vous demandons de ranger vos bouteilles d’alcool sous les sièges et non dans les compartiments au-dessus de votre siège..

La porte se fermera sous peu. Le vol d’aller s’est bien passé. Pas de délai. Les passagers sont sortis se faire dorer la couenne en République. J’ai pris du soleil sur l’herbe près de la piste. Soudain, Monsieur Pedro arrive. Les autorités aéroportuaires à Punta Cana soupçonnent un bagage suspect… Ils doivent retrouver la valise qui est devenue suspecte soudainement après l’avoir monté à bord. Rien ne fait de sens mais on doit suivre les instructions et s’y conformer.

Monsieur Pedro nous informe qu’on fouille dans le cargo. On cherche le bagage. Et puis, on ne le trouve pas. Ils décident alors de sortir tous les bagages du cargo et de les repasser sous les rayons X.

« Quoi? Ça va prendre combien de temps ça?», demande le commandant.

« One hour. Maybe two…», précise l’homme, sans la moindre émotion.

« Par intuition, j’opte pour la deuxième option…», m’exclamai-je, convaincue d’avoir le temps de feuilleter toutes les pages du magazine que j’ai récupéré sur le vol d’allée.

Résultat: Délai de deux heures pour un bagage qui était finalement sans danger. Disons seulement qu’on a évité de dire à tout le monde le nom du propriétaire de la valise retardatrice.

Délai # 5  – YQB- CUN – YUL

Désormais, plus rien ne m’étonne. Avec une belle avance de trente minutes sur notre horaire prévu, nous atterrîmes au bercail, après huit jours. Aie-je pu profiter de ce temps d’avance? Je vous laisse deviner! Un indice: il y avait un appareil à notre barrière…

Ah! J’oubliais! J’ai rapporté avec moi un ami: une belle grande grippe/laryngite 🙂 À revivre!

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