Chroniques

Image du site http://www.lhotessedelair.com
14 mars 2011
Par Elizabeth Landry

Multiples vues du cockpit

De votre petit hublot d’avion, l’horizon se montre partiellement. Vous ne verrez jamais ce qui se trouve devant vous à moins que vous pilotiez l’avion vous-même. Que verriez-vous alors si vous étiez aux commandes de l’appareil? Prises de vues depuis Paris vers Montréal.

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7 mars 2011
Par Elizabeth Landry

Pédant un jour, mais pas pour toujours

Sur terre, il y a toutes sortes de monde pour faire un monde. Dans les airs, il y a toutes sortes de passagers pour remplir un avion. Souvent, et ce malgré vous, vous serez voués à côtoyer votre antonyme. Les gentils côtoieront ainsi les méchants et les généreux partageront leurs biens avec les égoïstes. Les impatients attendront en ligne derrière des plus patients et les simplistes s’assiéront aux côtés de quelques pédants.

Les pédants? Je parle ici de ces gens vaniteux, imbus d’eux-mêmes qui se croient tout permis dans la vie. En général, ils sentent l’arrogance à plein nez. Ils sont humains tout comme vous, mais selon EUX, ils sont plus que cela. Ils proviennent d’une dynastie supérieure et personne ne leur arrive à la cheville. Ils se croient le centre de l’univers et lorsque vous leur adressez la parole, ils vous jettent un air de supériorité à toute épreuve. Bref, selon eux, le monde est à leur merci.

Rassurez-vous, car une fois assis dans l’avion, toute cette attitude royale s’envolera une fois le vol bien entamé. Ces pédants, que nous surnommerons aujourd’hui Monsieur ou Madame P, redeviendront de simples humains comme tous et chacun, et ce, à leur insu.

Me chargerai-je de les remettre à l’ordre? Jamais. Je laisserai plutôt la nature s’en charger…

Qui sont Monsieur P et Madame P?

Voilà que l’embarquement est lancé. Monsieur P entre. Comment pourrais-je être certaine que c’est bien lui qui se trouve devant moi?

Évidemment, s’il m’avait dit : « Bonjour, je m’appelle Monsieur P », j’aurais su immédiatement que j’avais affaire à lui. Par contre, avouez que si Monsieur P s’était vraiment présenté ainsi, il aurait été un imposteur, car Monsieur P ne dit jamais bonjour.

En revanche, voilà ce que Monsieur P me répond lorsque je lui demande sa carte d’embarquement en entrant dans l’avion : « Mon siège est 8 A. Je sais où aller ! ».

En résumé : « Je connais la configuration de cet avion. Je voyage tous les jours. Ce n’est surtout pas vous qui me direz où aller m’asseoir. Je refuse de vous montrer ma carte ! ». Sans aucun doute, j’ai affaire à Monsieur P.

Après insistance, il me montre ce que je demande, soupire, lève les yeux, murmure un commentaire imperceptible mais suffisamment notable pour me faire sentir stupide, et part s’asseoir à son siège royal.

Nous décollons. L’avion monte en altitude… 10 000 pieds, 20 000 pieds, 30 000 pieds, 40 000 pieds. Nous atteignons notre altitude de croisière. La cabine est maintenant pressurisée à 8000 pieds         (2 440 mètres). L’atmosphère à l’intérieur de l’avion est maintenant la même que celle que l’on retrouve au sommet d’une petite montagne. Du haut du mont Sinaï en Égypte, Monsieur P respire un air ayant une plus faible teneur en oxygène qu’au sol. Le sang circulant dans ses veines est maintenant un peu moins oxygéné qu’il en a l’habitude. Pourtant, il n’en ressent toujours pas les effets immédiats et il demande toujours un traitement royal.

Voilà que Monsieur P refuse de remonter son siège pour accommoder le passager derrière lui durant le repas. Lorsque je lui sers son verre d’eau, il ne tend pas la main vers moi pour le ramasser. Il se contente plutôt de fixer le verre de ses yeux perçants et de diriger son regard vers la tablette. Ma main n’a d’autres choix que de suivre le mouvement de ses yeux vers la table et de déposer le verre où il le désire. Si j’attendais qu’il le prenne, cela prendrait une éternité alors je préfère laisser mon orgueil de côté et jouer l’esclave. Monsieur P joue du coude avec son voisin. L’accoudoir qu’il devrait partager avec lui est le sien. Pas de partage !

Et que dire de Madame P?

Elle est une chanteuse assez connue et voyage vers Paris en classe économique. Elle demande une bouteille de vin à l’agent de bord.

Hôtesse de l’air : « Ce sera six dollars, s’il vous plaît. »

Madame P : « Pour vrai? »

L’hôtesse de l’air un peu confuse répond : «  Hum…oui c’est six dollars… »

Madame P : « Ben, vous ne savez pas qui je suis ? »

Hôtesse de l’air : « Ouf, désolée ! Êtes-vous une amie d’une de mes collègues? La copine? La femme du président de la compagnie? »

Madame P : «  NON ! Je suis X ! »

Hôtesse de l’air : « Qui? »

Madame P : « X, la chanteuse ! »

Hôtesse de l’air : « Non, désolée, je ne connais pas X et c’est six dollars ! »

Madame P paya la note insultée. (Quelle artiste québécoise aurait bien pu agir de la sorte?)

 

La transformation de Monsieur P

Le vol maintenant bien entamé, notre passager chéri devient alors moins exigeant. L’énergie dépensée à jouer son précieux personnage semble s’esquiver. Les effets de l’altitude se font maintenant ressentir. Le corps de notre bon vieux gaillard ne demande que du répit. Il laisse tranquillement toute cette supériorité de côté pour faire place à sa vraie nature humaine.

Ses paupières deviennent lourdes et il s’assoupit. Sa tête s’affaisse d’un côté ou de l’autre du siège. Petit à petit, il s’endort. Les bruits ne le dérangent plus. Sa bouche s’entrouvre millimètre par millimètre. Son maxillaire inférieur s’alourdit et son menton vient toucher sa poitrine. Sa langue, bien à découvert, s’assèche. Ses glandes salivaires déclarent soudainement l’urgence et se mettent à sécréter un amas de bave aqueuse. La salive s’accumule dans sa cavité buccale. Plus les minutes passent, plus la tête de Monsieur P est attirée vers le côté. Et BOOM ! Elle tombe directement sur l’épaule de son voisin qui reste soudainement bouche bée et immobile.

L’amas de substance gluante qui s’accumulait dans la bouche de MonsieurP se déverse maintenant goutte à goutte sur les vêtements du voisin…

Qu’êtes-vous devenu Monsieur P ? Auriez-vous oublié votre statut ? Comment un homme de votre rang peut-il s’endormir d’une telle manière ?

Oh, je sais ! Vous êtes humain, voilà tout !

 

 

 

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30 janvier 2011
Par Elizabeth Landry

Les miraculés de l'aviation

Cette semaine, j’ai traversé l’hémisphère nord dans toutes les directions: du Panama à l’Ouest canadien en passant par la République Dominicaine. En trois jours, j’ai eu la chance de boire un mojito dans le casco viejo à Panama City et d’en boire un autre à Punta Cana. Il n’y a rien à dire là-dessus, ça arrive, c’est mon travail.

Cependant, ce voyage m’a permis de m’épanouir spirituellement. Croyez-le ou non, j’ai été témoin d’un MIRACLE lors de mon dernier vol. Je vous le dis, il y a des phénomènes que la science ne pourra jamais expliquer…

Tout commença lors de l’embarquement. Nous étions à Edmonton et nous nous préparions à nous diriger vers le soleil chaud de la République Dominicaine. Il était six heures du matin. Comme toujours, nous avions invité les passagers à mobilité réduite à embarquer les premiers.

Cette procédure est largement employée par toutes les compagnies aériennes et est d’ailleurs très appréciée, car elle assure un embarquement prioritaire aux personnes ayant besoin d’assistance. Comme ces dernières entrent avant les autres, les agents de bord ont le temps de les aider, les bagages sont vite rangés et les autres passagers peuvent ensuite circuler plus rapidement dans les allées.

J’entends l’une de mes collègues m’appeler. Elle a besoin d’aide car à la barrière s’alignent six fauteuils roulants. Je m’avance vers la porte. Je suis prête à accueillir ces hommes et dames qui peuvent à peine marcher. Mes biceps se gonflent à bloc. Je devrai faire preuve d’endurance. D’un bras j’attrape la main de la première dame et de l’autre, je soulève ses grosses valises. Nous avançons main dans la main vers le siège qui lui est assigné. De peine et de misère, elle marche derrière moi. Sa fille suit les mains vides. Jusqu’ici aucun MIRACLE.

Toutes ensemble, à pas de tortue, nous parcourons l’allée. J’ai l’impression qu’à tout moment, je devrai bondir pour empêcher cette dame de tomber. Ses souliers traînent au sol. J’entends le frottement de ses semelles chauffer le tapis. Je jurerais même qu’elle porte de grosses pantoufles en phentex.

Son poids pèse dans ma main. Mes muscles commencent à surchauffer. Je lui demande encore une fois son numéro de siège. Elle ne semble pas m’entendre. J’ai soudainement un éclair de génie: 17A! Je me concentre et fixe mon but. Nous nous rapprochons de plus en plus de ladite rangée. OUF! Nous y parvenons enfin!

Je dépose ses grosses valises au sol. «Je les rangerai une fois que ces deux passagères seront assises», me dis-je. Je regarde ma pauvre dame s’installer à son siège. Elle semble être sur le bord de s’évanouir. Je reste aux aguets. D’une main elle s’appuie sur le dossier voisin et de l’autre sur le dossier d’en avant. Sa fille reste derrière elle, ébahie. Jusqu’ici aucun MIRACLE.

Une fois mes deux passagères assises confortablement, je ramasse les grosses valises une à une. Je les range en haut, en bas, partout. Mis à part cette sueur qui s’échappe d’en dessous de mon soutien-gorge (et qui enlève par la même occasion ma fraîcheur d’avant vol), je termine ma tâche sans embûches.

Avant de leur souhaiter un bon vol,  je précise à ma chère dame qu’un fauteuil roulant l’attendra à son arrivée à Punta Cana et qu’elle devra ainsi attendre que tous les autres passagers descendent. Je viendrai la chercher au moment opportun.

Elle acquiesce.

Je retourne à l’avant afin de voir si quelqu’un d’autre a besoin de moi. L’embarquement général a été lancé. Tous les passagers à mobilité réduite ont été aidés par mes collègues. Un vent d’antifraîcheur parcourt l’avion. C’est parti, nous décollons!

Le vol se passe bien mais toujours aucun MIRACLE à l’horizon…

Nous atterrissons tout en douceur sur la piste.

Hôtesse de l’air: «Mesdames et Messieurs, bienvenue à Punta Cana! Il est 16 h 10 et la température extérieure est de 28ºC. Tous les passagers nécessitant de l’assistance sont priés de demeurer assis jusqu’à ce que les autres passagers soient descendus. Nous vous assisterons ensuite avec plaisir (…)».

ET LE MIRACLE SURVINT!

Les passagers sans assistance ayant maintenant tous descendu, les agents au sol apportèrent en bas de l’escalier les six fauteuils roulants destinés à nos passagers à mobilité réduite.

Je me rendis alors dans la cabine afin d’aviser ma dame et les autres qu’ils pouvaient maintenant débarquer à leur tour.

À mon grand étonnement, nulle âme ne fit surface. Je me rendis alors au siège 17A. Ma chère dame serait-elle tombée sous les sièges? Toujours aucun signe de vie, pas même une fourmi.

Mais où sont passés mes passagers qui s’apprêtaient à tomber à tout moment?

DISPARUS? OUI, ET MIRACULÉS PAR LA CHALEUR DU SUD!


 

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6 janvier 2011
Par Elizabeth Landry

La patience est une vertu qui ne s'acquiert pas dans un avion.

Un avion est une réplique de la société. Tous les comportements humains s’y retrouvent: des plus altruistes aux plus égoïstes.

L’impatience que vous éprouvez au volant de votre voiture durant les heures de pointe possède elle aussi une jumelle à bord. Je vous présente L’IMPATIENCE VERSION AVION.

Nous venons de décoller. Dix minutes ont passé. Quinze maximum. Il reste encore quatre heures de vol et tous les sièges sont occupés. Nous avons plus de 350 passagers à bord. Beaucoup de passagers et donc beaucoup de demandes.

Je dois me rendre à l’arrière de l’appareil. Cette épreuve me semble réalisable. Pourtant, un doute flotte dans mon esprit. Lequel?

J’entreprendrai mon périple à la rangée 1 située complètement à l’avant de l’avion. Je sais qu’en théorie, je devrai terminer à la rangée 43. Pourtant, j’avoue que je n’ai aucune idée du temps qui s’écoulera entre ces deux nombres. Que se passera-t-il entre la rangée 1 et la rangée 43? Mystère et boule de gomme.

Avant mon départ, je calcule mes chances de réussite. Une rangée compte trois passagers de chaque côté d’une allée. Cela fait donc 6 passagers dans une rangée . Il y a 43 rangées. Je risque de me faire intercepter 258 fois. Bref, j’ai 7 chances sur 10 d’être arrêtée en chemin par quelqu’un.

Je laisse mon sort entre les mains du destin. J’arriverai quand j’arriverai!

Je m’élance. D’un pas décidé, je passe la rangée 1-2-3. Je franchis le rideau en me dirigeant vers mon objectif. Je marche bien droite. Je ne veux montrer aucune faiblesse. Je suis maintenant à la rangée 10. J’ai réussi à passer dix rangées les deux doigts dans le nez!

J’ai le goût de laisser transparaître ma joie. Je me ressaisis immédiatement. Je me dis: «Hey, la p’tite, il te reste encore trente autres rangées. Je ne serais pas aussi positive à ta place!».

Et j’ai bien raison de me dire cela, car voilà que survient l’inévitable.

 

 

Monsieur 12 D m’accroche par le bras: « (Désolé) (Pourrais-je) (Serait-il possible) Une autre carte de douane! (S.V.P) (Merci) (De rien)»

Je poursuis ma course vers l’arrière.

Je note dans ma tête la demande numéro 1: CARTE DE DOUANE.

Je poursuis ma descente. 12-13-14.

Soudainement, une dame m’intercepte d’un ton fort.

Madame 14 A: « (Désolé) (Pourrais-je) (Serait-il possible) Des écouteurs, vous m’avez oublié! (S.V.P) (Merci) (De rien)

Je note dans ma tête la demande numéro 2: ÉCOUTEURS.


Je continue l’épreuve. 14-15-16-17-18-19-20. Un enfant m’arrête à son tour.

Enfant 20 C: « Pourrais-je avoir un sac de jouets comme mon frère?»

Je note dans ma tête la demande numéro 3: SAC DE JOUETS.

Mes espoirs sont maintenant anéantis. J’ai déjà trois demandes et je n’en suis qu’à la moitié de l’avion. Je garde pourtant l’espoir d’atteindre mon but rapidement. Je franchis maintenant le cap de la trentième rangée!

Voilà que je regagne soudainement confiance. Je me dis: «L’épreuve n’était pas si difficile que cela finalement».

Encore une fois, j’aurai parlé trop vite! Madame 31 C m’intercepte. Elle est accompagnée de son mari à 31 B. Ils ont quelques questions pour moi.

Madame 31 C et Monsieur 31 B: «On écrit quoi à NATIONALITÉ? C’est quoi qu’ils veulent dire par PORT D’EMBARQUEMENT? C’est quoi le numéro du vol?»

Je passe un instant avec eux. Je leur mentionne qu’ils sont Canadiens et qu’ils ont bel et bien embarqué à Montréal…

Je poursuis ma route vers mon objectif. 31-32-33-34-35

C’est à cet instant, lorsque je croyais atteindre mon but sans trop d’embûches, qu’un bombardement survint.

UN CRAYON! UN VERRE D’EAU POUR UN MÉDICAMENT! UN AUTRE VERRE D’EAU! DES ÉCOUTEURS!

J’arrive à l’arrière un peu mêlée. Une comptine retentit dans ma tête.

«Quand je vais au marché, je mets dans mon petit panier: une carte de douane, des écouteurs, un sac de jouets, un crayon, un verre d’eau, des écouteurs. »

Je ramasse tout ce dont j’ai besoin. J’essaie de faire vite car ma mémoire a ses limites. Je chante encore.

«Quand je vais au marché, je mets dans mon petit panier: une carte de douane à Monsieur 12 D, des écouteurs à Madame 14 A, un sac de jouets à Enfant 20 C, un crayon à lui, un verre d’eau à l’autre, des écouteurs à la dernière rangée!»

Voilà que je suis enfin prête à faire les distributions. Je remonte.

LES VERRES D’EAU. LE CRAYON. LES ÉCOUTEURS.

Je remets le SAC à 20 C. Je remonte à 14 A et lui tends les ÉCOUTEURS.

 

Il ne me reste plus que Monsieur 12 D. Je suis une vraie championne! Moins de dix minutes se sont écoulées. Il reste encore plus que trois heures de vol.

J’arrive à Monsieur 12 D. Je suis prête à lui rendre cette carte qu’il m’a demandée il y a quelques minutes.

Vous savez, cette carte de douane que je me suis efforcée de garder en mémoire depuis le tout début. Oui, cette même carte de douane qu’il a encore trois heures pour remplir.

Je lui tends la carte. Il me regarde surpris. J’aperçois sur sa tablette une carte déjà dûment remplie.

Monsieur 12 D: «Vous n’arriviez pas alors j’ai demandé à quelqu’un d’autre…»

En effet, la patience n’est pas une vertu qui s’acquiert dans un avion!

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